Avertir le modérateur

Culture

  • C'est le jour J....

    Pour acheter chez bookelis.com l'ouvrage de  PORTAL MAXIME  " Peintures de Guerre 39-45 "

    Vous y découvrirez la vie des enfants pendant la guerre,  leurs angoisses, leurs peurs, leurs pleurs, mais aussi leurs joies d'enfants.Vous découvrirez comment des êtres exceptionnels les ont protégé, les ont sauvé, les ont aimé... On a appelé ces femmes " Les justes "

     

    P1010854.jpg

  • quelle belle soirée sur la 3

    Bravo la 3 ! enfin une belle soirée de télé. Ces trois heures dédiées à la musique ont été un vrai moment de bonheur. Bravo aux interprètes prestigieux, merci à l'orchestre de Montpellier et à son chef, merci aux chœurs, merci à tous ceux qui ont participé à cette réussite, merci au merveilleux public d'Orange et un grand merci reconnaissant à l'Empereur Auguste de nous avoir offert à nous les humains ce site grandiose ou sa voix résonne encore. Repose en paix en écoutant du théâtre et de la musique.

    C'était de la vraie et belle télévision. Merci !

  • La bibliothèque du Président Loubet

    LA BIBLIOTHÈQUE DU PRÉSIDENT ÉMILE LOUBET

    J’allais vers mes 25 ans et je travaillais, dans une agence immobilière. Depuis toujours mon père

    m’avait enseigné le plaisir, de la lecture, mais aussi l’amour du livre.

    Nous étions au début de l’été 1955, c’était l’époque des colonies de vacances, qui devaient rendre à notre jeunesse d’après guerre, force et santé. Aussi les organismes sociaux investissaient beaucoup dans cette croisade et prêtaient de l’argent pour l’acquisition de grandes demeures « au bon air ” à condition que l’acquéreur mette le bâtiment en conformité et à disposition des administrations responsables.

    Mon employeur, s’était précipité dans cette brèche qu’il espérait très rentable. Il acheta un château dans la Drôme ayant appartenu à un certain Émile Loubet. Je fus surpris de découvrir que ce nom ne lui disait absolument rien !..Il n’était vraiment pas curieux, sinon voilà ce qu’il aurait pu lire dans un dictionnaire : (LOUBET ÉMILE, Marsanne, Drôme 1838-Montélimar 1929. Homme politique Français, Président du Sénat (1896) Président de la République (1899-1906) Se rendre acquéreur de la demeure d’un tel personnage doit en principe éveiller en vous, respect et curiosité. Quels sont les mystères et les richesses qu’elle cache ? Car il y avait un trésor ! Il le trouva et le saccagea à tout jamais.

    Pressé par le temps pour mettre son château en conformité, il me demanda si je voulais bien l’aider en fin de semaine. J’acceptais avec plaisir déjà dévoré de curiosité.

    C’était une élégante bâtisse avec des jolies tours, une longue façade trouée de grandes baies vitrées ouvrantes sur un magnifique parc. Je découvris tout d’abord la  cuisine dont tous les murs étaient recouverts de faïences de Delft, l’ensemble composait le plus beau paysage du plat pays, animé de personnages qui s’adonnaient aux travaux quotidiens. Émerveillé, je pensais que ce lieu devrait être classé pour préserver sa beauté et son histoire, quand une équipe de maçons entra derrière moi, armée de masses et de burins, ils se mirent à démolir ce décor. La gorge et le coeur serré, je quittai cet endroit pour rejoindre mon patron, qui me demanda de débarrasser le grand salon de tout ce qui l’encombrait.

    C’était une immense salle, de nombreuses portes-fenêtres l’éclairaient. Une bibliothèque monumentale couvrait tous les murs aveugles jusqu’au plafond. Pris de frénésie et dans un réflexe enfantin, je parcourus en tous sens la pièce, ouvrant des volumes au hasard. Je me grisais. Le calme revint en moi, les mains noircies de poussière, je tentais d’évaluer le nombre d’ouvrages contenus dans cette bibliothèque, par déduction je n’en comptai pas moins de dix mille. Ils étaient tous là, les écrivains, les poètes, les savants, les explorateurs, les cartographes, les graveurs.  Je pus admirer quelques œuvres enluminées, aux magnifiques reliures et aux fermoirs d’argent.

    Je sursautais quand mon patron me rappela sèchement qu’il entendait que cette pièce soit rapidement libérée, car les ouvriers devaient l’aménager en réfectoire. Interloqué, je lui demandais quelle disposition il avait prise pour la sauvegarde des ouvrages. Sa solution fut aussi laconique que brutale : Il n’avait prévu que deux expédients, la décharge ou le feu ! J’étais comme, foudroyé, je proposais d’utiliser les deux véhicules pour déposer les livres à la Mairie, à la Préfecture et aux Archives de Montélimar. Nous fîmes trois voyages, soit six camionnettes de livres rares déversés dans des cours de services publics. J’imagine leur étonnement le lundi matin, aussi je  pense qu’ils seront heureux aujourd'hui d’avoir la réponse à leurs questions.

    Rentrant de notre troisième équipée, nous trouvâmes une intense agitation dans la bibliothèque. Des ouvriers avaient attaché de longues cordes en haut du meuble et tiraient dessus par saccades, les livres s’écroulaient sur le sol par centaines, qu’ils chargeaient pêle-mêle dans des brouettes.

    Au milieu du parc, une excavatrice finissait de creuser à grands coups de godets une vaste et profonde fosse dans laquelle étaient jetés les livres. Incrédule, je m’approchai du bord et tout attristé je regardai les pages qu’un léger vent feuilletait. D’autres chargements arrivaient, le même geste, le même bruit. Ce va et vient dura des heures. j’étais toujours là, impuissant. De temps en temps, la pelle de la machine éparpillait les livres pour égaliser le tas, les  reliures déjà maculées de terre se tordaient, se pliaient, se cassaient. Puis la dernière brouette fut déversée. L’irréparable était terminé.

    J’avais dans deux cartons, rangés dans le bureau, sauvé quelques très beaux ouvrages. Des livres de voyages du 16e & 17e, un portfolio de dessins antiques et surtout un magnifique maroquin grand in-folio vert empire, décoré à l’or fin. Au centre enchâssé un camé, un profil de l’Impératrice Joséphine, avec cette légende : ” A sa Majesté Joséphine Impératrice et Reine en son château de la Malmaison ” A l’intérieur une vingtaine d’originaux de “Roses de Redouté” en feuillets séparés.

    Je m’étais trompé, il restait encore une brouette, elle arriva chargée de mes cartons. Je me précipitais vers mon patron, pour lui expliquer que je m’étais réservé ces livres, car j’espérais qu’il aurait une place dans sa voiture au retour. Peine perdue. Il ne voulait pas s’encombrer de ces vieilleries bien trop lourdes et inutiles. Le premier ouvrage sur mes cartons, c’était les roses. Il l’ouvrit, prit deux ou trois dessins au hasard et dit aux ouvriers de jeter les caisses.

    Maintenant, ses employés déversaient des jerricanes d’essence dans la fosse. Mon patron tortilla les grandes feuilles qu’il alluma. Pour activer le feu, il secoua vivement sa main, la flamme inexorable grandit, alors d’un geste large, il lança sa torche sur l’immense tas de livres. J’avais le regard rivé sur cette flamme. Pendant quelques petites secondes, il ne se passa rien, comme si l’intelligence l’emportait sur la folie. Tout à coup il y eut comme un souffle, et un foyer dévorant explosa sur toute la surface. C’était terrible, les belles reliures se craquelaient, se tordaient, gémissaient et se consumaient. Lui et ses hommes regardaient ce brasier dans une totale indifférence. Il ne savait pas que se réduisait en cendre sous ses yeux, cinquante fois, cent fois peut-être la valeur du château et des terres. Puis tous s’en allèrent, poussant leurs brouettes vides.

    Il ne restait que le conducteur de l’engin, qui, assis derrière ses manettes, fumait tranquillement sa cigarette. Les religions et toutes les dictatures ont commis ces crimes, et détruit par le feu d’innocents opposants ou des ouvrages jugés par eux subversifs. Je n’avais jamais été témoin d’une telle abomination, pourtant là, devant mes yeux où mes larmes au brasier se séchaient sans couler, j’assistai à l’autodafé du génie humain. Une épaisse fumée montait de cette fournaise ou pleuraient tant de livres aux flammes martyrisés. Bientôt hypnotisé, dans ces volutes je vis des fantômes aimés s’échapper vers le ciel, bien loin de la bêtise. Don Quichotte en armure pourfendait la nuée ardente, Cyrano à la fin de l’envoi transperçait la sottise, Scapin tout à coup sans idées, Nostradamus qui savait, Dante qui ricanait, Néron qui jubilait et Descartes incrédule.

    Le temps passait, et la masse de livres résistait aux assauts des flammes. L’homme à la machine de temps en temps brassait cette masse pour l’aérer et le feu repartait. Passé un laps de temps, il jugea sans doute que la fournaise ne finirait pas sa funeste besogne. Il regarda sa montre, puis commença à grands coups de godets à faire tomber les monticules de terre, méthodique il tassait, égalisait, bientôt il ne resta plus qu’une tâche ronde de terramare bien lissée. Puis l’engin grinçant sur ses chenilles s’en alla ailleurs pour creuser à nouveau.

    Le silence revint sur le parc endeuillé, et moi les yeux secs et le coeur rancunier, je fixai cette tombe fraîchement recouverte. Je rentrai d’un pas morne et tranquille au château, donnai ma démission et puis je m’en allai

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu